vendredi 12 août 2016

17 décembre 1950...23



Nous attendions le retour des candidates au café, resté ouvert exceptionnellement  pour la circonstance, Mr Robert devait aller les récupérer...
Quand elles arrivèrent je vis tout de suite dans les yeux de la Marie qu’elle était déçue, par contre la fille du cafetier avait le sourire jusqu’aux oreilles...c’était elle qui avait remporté le premier prix, elle serait donc la reine du carnaval...et la Marie sa première demoiselle d’honneur...
Que nous étions naïves...le choix était vite fait entre la fille d’un commerçant de la rue principale de la ville et une superbe inconnue qui vivait dans un HLM...mais bon, c’était quand même pas mal...c’est juste que les cadeaux seraient moins importants...
Le jour du défilé la Marie était dans un superbe char tout blanc sur un cygne, et faisait les petits gestes de la main qu’on lui avait recommandé...
Nous ne la vîmes même pas dans la soirée elle dînait avec le gratin de la mairie et nous étions impatiente qu’elle nous raconte, vous pensez bien...je comptais sur le lendemain lundi, on ne travaillait pas le matin...et bien, moi aussi je fus déçue, car elle s’était gelée sur le char tout l’après-midi et s’était ennuyée pendant le dîner, n’étant pas dans son milieu naturel...même les cadeaux n’était pas terribles...moi je l’avais pourtant trouvé très belle dans sa magnifique robe blanche...
Comme quoi quand les rêves se réalisent ce n’est pas toujours aussi bien dans la réalité.il vaut mieux continuer de rêver...car le lundi après-midi tout était redevenu comme avant, elle était au rayon « bas nylon » des NG et moi à la parfumerie.
Comme nous étions apprenties, dans la semaine nous allions à l’école pour avoir notre CAP de vendeuse...je pensais qu’on aurait des cours sur la vente, ce qui aurait été logique...bé non...on apprenait à taper à la machine et on faisait de la sténo...c’était du grand n’importe quoi...l’apprentissage dans les années soixante. Et vu que c’était des cours du soir nous n’avons pas appris grand-chose...mis à part la vitesse pour taper et les doigts bien posé sur le clavier azerty...rire...quand à la sténo, si j’avais été plus intelligente je l’aurais potassé avec la méthode « Prevost Delaunay » au moins cela m’aurait servi pour taper les PV quand j’étais déléguée...hi hi...
Mais à quinze ans dans les années soixante, en province, avec une maman qui élevait seule ses cinq enfants, qui avait quitté l’école à onze ans, on ne partait pas avec les mêmes cartes en main que les filles de bonnes familles, avec un papa et une maman normaux. Et puis, vu, que j’étais bête parce que j’avais un petit front, j’avais fini par me persuader que j’étais bonne à rien, et, comme je n’arriverais à rien faire de bien, pourquoi me casser la tête à apprendre quoi que ce soit ?
Je préférais apprendre par cœur les chansons de mes idoles, Françoise, Hugues, Sylvie et les autres...c’est marrant ça rentrait tout seul dîtes donc...rires...
Qu'elle était belle Françoise...je suis fan comme au premier jour