dimanche 26 juin 2016

17 décembre 1950...



Chaque mois, maman rayait sur son cahier vert, les dettes qu’elle remboursait, ça commençait à diminuer, sérieusement...nous n’avions plus eu de nouvelle de mon père depuis très longtemps, quand un jour, ma grande sœur reçoit un courrier, curieux...elle n’était pas encore majeure et finissait ses études pour être « maîtresse d’école » son rêve de petite fille allait bientôt se concrétiser...
Ce courrier, en fait, c’était une facture qui venait d’un hôpital où Mr mon père avait séjourné, et était sans doute parti sans laissé d’adresse...ça a mis maman dans une de ces colères...car vu que le monsieur ne s’était jamais présenté aux convocations du juge pour le divorce, ça traîner en longueur...ma sœur n’a pas payé puisqu’elle n’avait pas de revenu, et maman non plus puisqu’elle était séparée. Franchement, il y a des lois qui devraient être revues !
Quelques années plus tard, nous apprîmes que notre père, était devenu clochard, pendant très longtemps, qu’il avait été recueilli par Emmaüs...jusqu’au jour où il rencontra une vraie comtesse faisant du bénévolat mais  qui n’avait plus que son nom et sa mince retraite comme richesse, elle le sorti de la rue.
Le jour du paiement des allocs, était jour de fête dans la maison...surtout dans le deux pièces. J’étais petite mais je m’en souviens. Maman, se levait en chantant, elle faisait le ménage à fond, et ensuite commençait l’attente...
Le passage de « l’agent payeur » dans toutes les familles, était la meilleure journée du mois.
Souvent, maman envoyait mon frère en éclaireur, afin de savoir s’il était passé chez une telle ou une telles...souvent on allait en premier chez ses copines de galères...il faut savoir qu’il faisait sa tournée à pied, avec sa sacoche en cuir marron, pleine de billets...vous imaginez maintenant, le pauvre ne pourrait même pas sortir dans la rue...
Il était très gentil l’agent payeur, maman lui offrait un café, et j’adorais le voir compter les billets sur la grande table de la cuisine. Quand il partait, maman faisait des petits tas, pour payer les crédits de chez l’épicier, le boulanger et autres...ça diminuait rapidement, surtout qu’avec Mr mon  père on ne savait jamais s’il mettrait au bout...en envoyant des mandats...ce qui était rare.
Quand nous vivions au Clos des châtaigniers, l’agent payeur continuait à venir...mais en voiture, ça avait évolué et nous n’étions plus en centre-ville.
Maman était encore très jolie, si bien qu’ils eurent une histoire d’amour...maman étant seule, donc, pas de compte à rendre, mais lui, ne l’était pas...ils se donnaient des rendez-vous...
Comme j’étais souvent de corvée de lait, du clos des châtaigniers il me fallait descendre la ville pour arriver au café de la mère B qui distribuait le lait, mais qui était situé là où nous habitions avant...
Maman me disait, demande s’il y a une commission pour moi, en fait, c’était une enveloppe que la mère B mettait dans le couvercle du bidon de lait.
Au début j’étais trop gamine pour piger le truc, mais en grandissant, je compris vite le petit système, c’était le seul moyen qu’ils avaient pour communiquer...rires...
Des fois j’allais même accompagner maman à ses rendez-vous avec le vélo bleu, pour repartir avec, car elle était raccompagnée en voiture...et les rendez-vous était souvent en campagne...discrétion oblige.
Leur histoire dura des années...jusqu’au jour où, une bonne femme vînt frapper à notre porte...elle déballa son baratin à maman, qui se laissa embobiner...la coupable était « témoins de Jehova »...là, notre vie changea du jour au lendemain, mais je vous en reparlerais plus tard...
Puisque les finances allaient légèrement mieux, maman décida de passer son permis de conduire, vous vous souvenez qu’un de ses rêves était d’avoir une voiture...elle s’inscrit donc à l’auto-école...je ne sais pas combien lui coûta son permis, mais à mon avis, assez cher, car elle le passa cinq fois ! Elle connaissait bien son code, et savait la conduite, sauf qu’elle tombait souvent sur un inspecteur sévère, et là, ça le faisait pas, ça finissait toujours en engueulade avec le type ! Maman détestait l’injustice et quand elle savait qu’elle n’avait pas fait de fautes...mais que c’était parce que le mec était de mauvais poils, elle partait en vrille...elle finit par tomber sur un sympa, et un jour elle rentra avec le petit papier rose...


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