dimanche 26 juin 2016

17 décembre 1950...



Si bien que des fois...je faisais des paries avec mes deux petites sœurs...
Quand nous étions presque arrivées devant l’église, je leur disais, si l’aiguille de la pendule est sur le 6, « l’école commençait à 8h30 »...on ne rentre pas... ! Les gamines m’écoutaient vous pensez bien...
C’était surtout quand les beaux jours arrivaient, que j’avais envie de liberté...j’ai toujours détesté les contraintes, un peu, bien sûr, mais pas trop, et des fois c’était le trop qui prenait le dessus...Alors on allait même jusqu’à la grille, et nous passions juste devant, même pas en se cachant...j’étais téméraire, quand même, rires...
Bien sûr, il fallait occuper la journée, pas question de rentrer à la maison, où il n’y avait personne, puisque maman travaillait et de toutes façon, nous n’avions pas les clés. Alors, le seul endroit où je savais que nous serions bien accueillies, c’était chez tante Céline...
Nous avions le choix entre deux parcours, un plus dangereux, une grande route où passaient camions et voitures, mais plus court, et l’autre, par les petites routes de campagne, beaucoup plus sympa mais bien plus long.
C’est souvent celui-là qu’on prenait, nous passions devant les abattoirs, où nous entendions avec effroi les cris des animaux, mais ensuite, un peu plus loin, il y avait une petite rivière, toute belle et toute propre...on se trempait les pieds, on cueillait des fleurs pour tante Céline, bref, on prenait notre temps...en papillonnant selon nos envies.
Il devait être pas loin de midi quand nous arrivions chez notre tante...on sonnait à la cloche, et quand elle nous voyait, elle avait du mal à comprendre pourquoi nous étions là, puisque ce n’était ni un jeudi, ni un dimanche, et que nous avions nos cartables...
Alors sans me démonter, je n’étais pas à un mensonge près...j’inventais une excuse bidon...genre la maitresse n’était pas là....
      - Et votre maman...elle est au courant ? Ben oui ! Tss tss...oh la menteuse!!!!
Alors là, c’était bien, elle nous faisait à manger, je ne sais plus quoi, mais ce n’était pas le plus important...ensuite on allait jouer dans le jardin. Ha! le jardin de tante Céline, je l’aimais bien, on y plantait des fleurs, on jouait à la dinette, derrière la maison, ou on jouait à se rencontrer...moi, je partais dans un sens, et les deux gamines dans l’autre, on riait beaucoup...et on se faisait presque peur...comme quoi, on s’amusait avec pas grand-chose, et surtout en plein air.
Vers quatre heures, on repartait dans l’autre sens, après avoir eu un bon goûté...ça faisait une sacrée journée, pas besoin de nous bercer le soir...maman n’en a jamais rien su, il faut dire qu’il n’y avait pas le téléphone, et que dire un mensonge à la maîtresse le lendemain, n’était absolument pas un problème...
J’aimais bien mentir...rire, je devais tenir ça de mon père, ça s’est passé en grandissant, heureusement...et puis comme on allait à confesse à l’époque, je me faisais pardonner avec un acte de contrition, un Notre Père et un je vous salue Marie...
Tante Céline, était la grand-mère que nous n’avions pas...c’était un amour. Dès qu’on était en vacances on allait souvent y dormir, toutes les trois.
Sans la prévenir, on débarquait, à pied, avec nos poupées, nos dinettes, dans les filets à trous, pas de pyjama, pas de brosse à dent...hi hi...de toute façon, chez tante Céline, il n’y avait ni eau, ni WC, Elle allait chercher des seaux d’eau à la pompe du village, et on se lavait dans une cuvette émaillée, juste « la goule » et les mains, en Normandie on dit « la goule » pour parler du visage...
On adorait dormir dans les lits chez tante Céline, des lits à l’ancienne, avec un énorme édredon en plumes. Elle nous mettait un traversin contre le mur, elle appelait ça, un petit « Cottin », c’était pour ne pas qu’on se cogne dans le mur, et elle mettait des chaises de l’autre côté pour pas qu’on tombe.
Qu’est qu’on dormait bien, collées les unes contre les autres sous la plume.
Une fois que nous étions au lit, notre tante commençait à se préparer pour la nuit, c’était une vraie cérémonie, qui nous faisait rire, en fait elle se déshabillait, mais se rhabillait avec d’autres choses, elle mettait des genouillères, des chaussettes, une chemise, un vieux gilet...un filet sur ses cheveux, et le plus drôle, c’est quand elle mettait son dentier à tremper dans le verre...
On était tellement excitées d’avoir ri, qu’elle avait du mal à nous calmer...elle nous disait, allez, il faut dormir ma petite z.....et on riait encore plus car elle zozotait sans ses dents...
Des fois, elle nous faisait dire le « je vous salue Marie » et on s’endormait tranquille...et heureuse.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les trolls seront poubellisés immédiatement