dimanche 26 juin 2016

17 décembre 1950



Maintenant, quand je me tourne vers mes souvenirs d’enfance, je me dis que nous étions drôlement heureuses, même pauvres. Il y avait encore toute cette solidarité d’après-guerre, qui a disparu de nos jours.
Maman, allait bientôt réaliser un autre de ses rêves, s’acheter une voiture. Ma grande sœur avait réussi ses études, elle était devenue maitresse d’école, maman en était très fière, et moi, j’allais bientôt passer mon certif.
Je grandissais, mais j’étais très occupée avec les chanteurs yéyé qui envahissaient les postes de radio, et seulement quand j’avais le temps, je m’occupais des leçons et devoirs, mais c’était au second plan. C’est dingue, comme cette période a changé nos vies de gamines.
J’avais dix ans en mille neuf cent cinquante, il y avait une émission sur Europe N°1 qui marchait à fond, c’était « Salut les copains »...l’école finissait à 16h30, et là pas question de trainer, je trainais mes petites sœurs, pour arriver à 17h pile à la maison, j’allumais le gros poste TSF qui avait un super son, et là, j’écoutais le « hit-parade » !
C’était un moment hyper important, il y avait le classement, Chansons françaises, chansons anglaises.
Pour moi, cette période faste à vraiment commencé en 1962...cette année-là, les premiers du classement étaient Johnny, avec «  l’idole des jeunes » ensuite, Sylvie, avec « tous mes copains » richard Antony «  j’entends siffler le train » Claude François « belles belles belles » Leny Escudéro « Ballade à Sylvie », (je croyais qu’il l’avait écrite pour Sylvie Vartan...rires...) !
Très belle année 1962, « les pieds noirs rentraient en France » C’était la fin de la guerre d’Algérie, dans ma petite province, les filles étaient contentes car les fiancés rentraient à la maison, ils allaient pouvoir construire leur vie, il y avait du travail à gogo, tu quittais un patron le vendredi, le lundi tu en avais trouvé un autre ! Cela fait science-fiction en deux mille seize, c’est sûr !
Pendant les récrées, avec les copines, on apprenait les chansons par cœur et on chantait ! Quand j’allais chez tante Céline et qu’elle me donnait quelques pièces, ce n’était plus pour acheter des bonbons, mais des 45 tours. Ce qui était marrant dans l’histoire, c’est que nous n’avions pas de tourne-disques alors j’allais les écouter, chez ma meilleure copine qui habitait l’étage au-dessus, celle que sa mère faisait trop bien les tartes aux fraises !
Vu que sa grande sœur travaillait à l’usine « Philips » elle avait tout le confort chez elle, Frigidaire, machine à laver, mais le plus important pour moi, c’était sa télé noir et blanc, et un tourne-disque.
Ma copine c’était Johnny qu’elle adorait...la fenêtre de sa chambre grande ouverte, la musique à fond, on les écoutait en boucle ! Tout le quartier pouvait en profiter, mais bon, la puissance n’était pas excessive, rires...c’était en « mono » pas en stéréo...pas d’enceintes...et oui, les jeunes si vous passez par-là...mais ça nous suffisait amplement, vu que moi, je n’avais rien, c’était déjà bien !
J’achetais aussi le journal « Salut les copains » les grands posters de nos chanteurs sur les murs de la chambre, au début, maman râlait, mais elle a vite rendu les armes.
Avec ma copine, on faisait des albums dans des chemises en carton, on découpait, on collait, tous les potins qui concernaient nos idoles !
Le mercredi soir, comme on n’avait pas d’école le jeudi, j’allais chez ma copine regarder « Age tendre et tête de bois » avec Albert Raisner...en noir et blanc, c’était un régal, on était insouciantes, heureuses avec pas grand-chose, on ne faisait pas de cauchemars, nous avions la tête dans les étoiles. Qu’elle époque géniale !
Je reconnais que nous, les enfants des sixties, nous avons eu une très belle jeunesse, mais, bon, c’était les trente glorieuses...les enfants d’aujourd’hui ne connaitront jamais des temps aussi heureux, et ça me rend triste.
Je suis loin d’être timide, par contre, je n’ai jamais été sûre de moi, toujours très complexée de mon manque de savoir.
Faut dire que, lorsqu’on te répète à longueur de temps que tu es bête, car tu as un petit front, ce ne sont pas des mots qui te permettent d’avancer dans la vie et de faire valoir les qualités que tu pourrais avoir.
C’est une blessure qui m’a été infligée dans mon enfance, et qui m’a beaucoup blessée et qui malgré le temps qui a passé ne s’est jamais refermée.
Sans doute pour cela que je ne me suis jamais battue pour avancer vers d’autres rives, que je me suis toujours sous-estimée. Pour moi, tout était perdu d’avance.
Je n’ai plus aucun lien avec la personne qui m’a fait du mal, mais je sais que sa vie n’a pas été heureuse, même si c’est une piètre consolation, c’en est une quand même.
Alors, quand le jour du certificat de fin d’études arrivé, j’avais un peu la trouille d’être recalée, surtout que le calcul et moi, nous étions fâchés.
J’avais ma meilleure copine, celle qui était fan de Johnny, son nom commençait par JA, et le mien par JE, le classement était par lettre alphabétique, elle était super douée en math, j’avais une chance sur deux pour qu’elle soit devant moi ou dans l’autre rangée.
La chance du jour, elle était juste devant moi, alors quand on est arrivée au problème de robinet...elle a glissé discrètement son cahier sur la droite pour que j’arrive à lire...et oui, j’ai triché, mais juste pour le problème, pour le reste ça coulait tout seul. Rires...
J’ai même eu une super note quand j’ai chanté la Marseillaise...je l’ai eu haut la main...je n’étais pas peu fière, punaise ! Mais bon, le certif, ça ne valait pas le brevet ou le bac, à cette époque, mais j’avais réussi un examen assez difficile et avec ça je pourrais apprendre un métier.
Un métier, je savais depuis des années que je voulais être coiffeuse...mais même ça, on me l’a refusé. Je me souviens que maman avait juste demandé à sa coiffeuse, qui lui a dit qu’elle ne prenait pas d’apprentie...mais elle n’a pas cherché plus loin...
Depuis l’âge de 12 ans je faisais toutes les mises en plie des bonnes femmes de l’escalier...gratuitement bien évidemment elles étaient toutes fauchées. J’avais appris toute seule, et je me coupais aussi les cheveux moi-même, c’est dire si ça me plaisait...
Alors, maman, ne chercha pas plus loin et me fit engagée dans une usine de confection...l’HORREUR ! J’y suis allée le matin et jamais retournée...pourtant j’aimais bien la couture, mais ça n’avait rien à voir avec celle que je connaissais, celle de ma grand tante que je passais des heures à la regarder coudre...pff !
Bien sûr, je n’ai rien dit à maman, dans l’immédiat. Et puis j’ai bien été obligée d’avouer, alors, je lui dis que je préférais être vendeuse...là encore, erreur de casting...elle m’emmena dans une boutique de layette de la rue principale, pour que j’apprenne la vente, l’autre apprentie devait partir en septembre et je devrais la remplacer...beurk ! J’ai dû faire une semaine, pas plus, je détestais l’ambiance (garde à vous) ranger les fringues, ne pas parler, pire qu’à l’école...pas de ça pour moi, hors de question !
Ma meilleure copine, elle, avait trouvé une place dans une usine de bonbons, pas en apprentissage, elle avait une vraie paye !
J’avais appris, qu’un grand magasin allait ouvrir dans la « grand rue »...il replacerait un magasin de vêtements assez chers de la ville. Je me payais le culot, moi toute seule, d’aller demander s’il pourrait m’embaucher...on me dit qu’il fallait prendre rendez-vous avec le nouveau directeur, mais que je devrais venir avec ma mère ou mon père...
J’y trainais ma mère, nous fûmes reçues par un monsieur chauve, légèrement bedonnant, pas très grand, avec des lunettes, assez jeune, qui avait l’air d’être, ni gentil, ni méchant. Je dû lui faire bonne impression, car il me prit tout de suite en contrat d’apprentissage... !
Au moins, je verrais du monde, plus que dans la boutique de layette, hi hi !
Je devais commencer en septembre 1965, le nouveau magasin n’étant pas ouvert, j’aiderais à la préparation de l’ouverture, la mise en rayon etc...le gentil ni méchant directeur m’avait demandé qu’est-ce que j’aimerai vendre...ma réponse fût directe, la parfumerie !
Je me suis plus tout de suite dans cet environnement, de grands préparatifs, de fébrilité, de travaux de finissions. Les gens qui travaillaient étaient tous gentils. Il y avait Mr Al, il ressemblait à Antony Quinn...il était manutentionnaire, puis il y avait Mademoiselle Taffono...la chef de la réserve du sous-sol. C’était un amour, elle m’a bien appris mon travail, elle vivait avec sa maman qui était cardiaque.
Peu de temps après mon arrivée, le directeur me présenta ma responsable de rayon, la vendeuse titulaire de la parfumerie. Elle arrivait de Paris...Paris, qui me faisait rêver...
A suivre...

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