dimanche 26 juin 2016

17 décembre 1950...



Au troisième étage, il y avait nous. Maman avait deux rêves, c’est bien d’avoir des rêves, moi je n’en ai jamais eu, je déteste la déception. Oh, c’était des rêves bien modestes...ne riez pas...elle voulait se faire embaucher dans une usine et passer son permis de conduire, pour éventuellement  dans les années à venir, s’acheter une voiture !
Elle nous répétait sans cesse, vous allez voir quand je travaillerais à l’usine, on sera mieux, je devais avoir dans les huit ans...bien sûr, vu qu’elle n’avait même pas pu aller à l’école jusqu’au certificat, elle savait quand même très bien lire et écrire. Alors elle espérait, elle y croyait, ça c’est le plus important ! En attendant, pour gagner un peu plus et payer ses dettes, elle faisait des extras dans la restauration, en tant que serveuse. Souvent le dimanche, mais elle gardait son job de femme de chambre...
L’hôtel où elle bossait était le plus grand et le plus chic de la ville, un jour, Tino Rossi est venu y chanter, elle était très fière d’avoir pu lui recoudre un bouton de sa veste, il l’avait remercié de sa voix chaude et magnifique, elle avait dû être bouleversée... C’était la star de l’époque, mais les années soixante n’allaient pas tarder à pointer leur nez.
Le moyen de transport pour se déplacer chez nous, c’était un vieux vélo qu’on nous avait donné, il était bleu Gordini...hi hi. Alors elle décida, en attendant de passer son permis, de s’acheter une mobylette. Le mécano qui entretenait le vélo, lui avait fait des facilités de paiements. Une super mobylette beige. Vous pensez comment ça lui a changé la vie ! Surtout que le Clos des châtaigniers était à la sortie de la ville, alors pour aller travailler, beaucoup moins de fatigue.
Maman était encore très jeune, elle avait dans les trente- cinq ans, elle ne roulait pas doucement...j’adorais quand elle me mettait sur le porte-bagages. Oh ce n’était pas souvent. Du coup, pour nous il y avait le vieux vélo bleu. C’est mon frère qui m’a appris à faire du vélo. Quand on vivait dans le deux-pièces...il avait un vélo de garçon, je ne sais même pas si c’était à lui, avec la barre au milieu, c’est curieux la mémoire, je me revois juste quand il m’a lâché et que j’ai réussi à rester en selle, même pas une gamelle !
Et puis un midi, on commençait à être inquiètes, maman n’était toujours pas rentrée du boulot...on guettait à la fenêtre de la cuisine, quand nous la vîmes arriver à pied à côté de la mobylette, elle avait le genou en sang et la mob en avait pris un sacré coup !
De la cabine téléphonique on appela le bon docteur L...qui lui fît des points de sutures et pas question de bouger avant quelques jours. Mais bon, plus de peur que de mal, heureusement pour nous ! En fait, il y avait des travaux en ville, et elle avait failli tomber dans le trou qu’ils avaient fait et s’était payé les barrières.
Et puis un jour, à force d’aller demander de l’embauche régulièrement dans les usines, il y en eut une qui l'embaucha! Qu’est qu’elle était contente, on allait enfin être riche !

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