dimanche 26 juin 2016

17 décembre 1950...



Je ne me souviens que vaguement du déménagement, seulement qu’il faisait très beau, et qu’on m’avait mise chez une voisine.

Ils avaient fait des HLM, sauf qu’ ils avaient oublié d’y mettre le chauffage, sans doute que ce n’était pas encore inventé, dans les immeubles. Nous avions donc, dans la cuisine, qui était petite malgré tout, une cuisinière en fonte...maintenant que j’y pense, ils avaient dû en baver, ceux qui avaient monté l’engin au troisième étage.

C’était le seul point chaud de la maison, l’hiver. Toutes les semaines le père S, venait nous livrer le sac de charbon, c’était un gros bonhomme tout noir de suie, mais très gentil, car bien sûr, il faisait aussi crédit sans agios.

Quand il faisait très froid, l’hiver et que les carreaux étaient couverts de givre dans les chambres, on restait un maximum de temps auprès de la cuisinière, et maman nous racontait, des histoires de « quand elle était petite » et nous, on adorait ça. Ou bien, elle chantait, ma grande sœur chantait elle aussi très bien, je me souviens d’une chanson, qu’elle aimait particulièrement, « Mademoiselle de Paris http://youtu.be/GAX4aEjGpcs Maman elle, s’était plus Luis Mariano ou Edith Piaf, j’aimais bien celle de Mariano, « l’amour est un bouquet de violettes » Elle avait vu le film, une des rares fois où mon père l’avait emmené au cinéma, des fois, il avait l’âme charitable, sans doute.

Maman et ma sœur avaient une très belle voix,  ensuite j’y pris aussi ma part.

Voilà comment ce composaient nos soirées à la fin des années cinquante. Ensuite, maman disait...

- les gamines au lit, demain y a de l’école !

Alors on allait mes deux petites sœurs et moi, se glisser dans le grand lit de la chambre rose, maman nous mettait une brique enveloppée dans du journal, heureusement que nous avions des petits pieds, ça en faisait six qui voulaient la brique...et on s’endormait bien au chaud, mais avec nos chaussettes.

Entre temps, mon père, venait de moins en moins souvent, c’était devenu une fois par mois, à la place d’une fois par semaine. Alors il nous envoyait des cartes postales, de divers coins de France, j’en ai trois ou quatre en ma possession...c’était très succinct...par exemple, bisous de Tour...soit il mettait, mandat suit ou lettre suit...sauf ...que rien ne suivait...

A cette époque, pour toucher les allocs, il fallait un papier du patron, justifiant d’un nombre d’heures travaillées...ce putain de papier...qu’est que j’ai souvent entendu maman râler après mon père, qui avait toujours de bonnes excuses et oubliait de l’envoyer. Faut dire qu’il changeait souvent de patrons ! Maman leur téléphonait pour réclamer le papier, et s’entendait très souvent répondre...

-Ha Monsieur X ? Mais il nous a quitté depuis une bonne quinzaine...Il pensait à nous quand il nous voyait...le chien !

Heureusement que, comme beaucoup de familles de l’époque d’après-guerre, les épiciers, le boulanger nous faisaient crédit...pas le boucher, ça, on ne mangeait de la viande que très très rarement, c’était plus souvent, une soupe à l’oignon, ou du riz au lait...des fois du jambon, l’été, maman faisait cailler le lait et ça nous faisait du bon fromage blanc...faut dire que le lait n’était pas en brique, j’allais avec le pot au lait, le chercher dans le bistrot de la mère B, où nous habitions avant le déménagement. Maman a toujours était fidèle aux commerçants compréhensifs envers nous, si bien que pour faire les deux trois courses, on faisait le tour de la ville...


Carte venant d'Alsace...il partait pour Metz...25 septembre, 1957...

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