dimanche 26 juin 2016

17 décembre 1950



Pour nous, aller dans les champs, c’était au minimum en traverser deux ou trois car souvent on rencontrait des petits ruisseaux. Nous n’étions pas trop nombreux, mais je traînais toujours avec moi, mes deux petites sœurs, dont la dernière, qui avait toujours du mal à nous suivre, vu ses petites jambes...elle chougnait souvent en disant attendez moi ! Je vais le dire à maman !
Bien sûr il y avait des barrières, ou au pire on passait sous les barbelés, comme ce jour-là, où il y en a un qui a hurlé, v’là le chien du fermier !! Sauve qui peut, j’aimais pas du tout les chiens, qui me faisaient peur, car ma petite sœur, celle juste derrière moi en âge, s’était fait mordre.
Nous passâmes tous avec du mal les barbelés, sauf la dernière, ma petite sœur qui s’arracha la tête au fil de fer...oh ! Doux Jésus, elle hurlait, le sang lui coulait sur le visage, un plus grand l’a pris dans ses bras pour rentrer jusqu’à la maison, monter les trois étages...ma mère qui avait entendu les cris, venait à notre rencontre...la panique totale !
Quelqu’un alla prévenir le docteur, qui, dans ce temps-là n’hésitait pas à venir illico presto, avec sa trousse d’urgence. Elle avait une sacrée entaille, il dût la recoudre, sans même une petite anesthésie, les cheveux un peu rasés, et un gros pansement, quand j’y repense, elle a dû déguster ! Bien sûr je me suis pris une belle engueulade, étant la plus grande, et le lendemain, pour le mariage, maman lui fit un joli nœud sur la tête, en passant sous le menton, on aurait dit un bel œuf de Pâques... ! J’aimerais bien revoir les photos de la noce, que je n’ai pas malheureusement.
Juste en face de chez nous, au troisième étage, au début, était arrivé presqu’en même temps que nous, une famille adorable, qui venait du Sud de la France, lui était policier, j’adorais leur accent qui sentait bon le soleil.  Ils avaient même vécu en Algérie française. Dommage ils ne restèrent qu’une année à peu près. Faut dire que le temps chez nous était plutôt humide...lol.
Quelques temps après, une autre famille arriva à leur place, je ne sais pas pourquoi, mais d’emblée, ils furent mis à l’écart des autres locataires, surtout par nous. Ils avaient une fille de mon âge que je retrouvais à l’école, mais elle ne fut jamais une copine et des garçons. La mère faisait des ménages, je crois et le père travaillait à l’usine. Ils arrivaient tout droit de la campagne, et faisait aussi très campagne...
Comment les enfants peuvent être méchants et cruels, bien sûr, on ne faisait pas exception, on était, si on l’avait décidé des « sales gamines » Quand maman n’était pas là et ma grande sœur non plus...on allait taper à leur porte, et vite on rentrait derrière la nôtre...en pouffant de rire, comme des bécasses ! Alors la mère sortait sur le palier avec son balai pour nous en donner un coup, sauf qu’elle n’y arrivait jamais...ensuite quand nous l’a croisions dans l’escalier, on lui disait « bonjour madame » en bonnes petites saintes-nitouches pas charitables pour un sous ! Surtout moi, puisque j’étais la plus grande des trois, j’entrainais les autres...
J’avais le diable au corps ! disait maman ! J’ai toujours eu un côté très rebelle, mais ne sais de qui je le tiens.
Au quatrième étage, une grande famille nombreuse, là aussi ça ne sentait pas les meubles cirés, mais plus un peu l’urine...les petits comme les grands faisaient le « pipi » au lit...alors pour ne pas avoir à changer les draps tous les jours, ce que je comprends très bien, la mère mettait ça à sécher à la fenêtre...sauf que...en dessous c’était nous, et alors, on était obligé de laisser les fenêtre fermées, car entre ceux du dessous et ceux du dessus, si vous suivez bien, c’était pas génial.
Ceci dit, on s’entendait tous très bien quand même, et, ça ne nous empêchait pas d’aller quérir si besoin était, un peu de sucre, de café ou d’huile...
Et pour finir l’escalier, en face de chez eux,  au numéro dix, il y avait ma meilleure copine, Vivi, celle avec qui, beaucoup plus tard, je partirais travailler à Paris. Chez elle, ce n’était pas du tout la même chose, ça sentait bon la cire et la tarte aux fraises ! Son père était garde-champêtre et sa mère cuisinière chez notre docteur...donc déjà, un rang au-dessus de nous dans la hiérarchie de la pauvreté. Hé oui...les gens, il y a une hiérarchie dans la pauvreté, mais ça, il faut l’avoir vécu pour le savoir.
Je me disais très souvent que j’aurais aimé avoir une mère comme celle de Vivi. Ils eurent la seconde télévision de l’escalier. Oui, les premiers étant la famille avec deux enfants. Alors, souvent, le jeudi après-midi, j’allais regarder des films. Celui qui m’a marqué et que j’avais beaucoup aimé, c’était « le jour où la terre s’arrêta »...sinon on allait aussi voir « Interville » les premiers, avec Guy Lux et Zitrone.
Bref, il y avait plus d’argent qui entrait dans le foyer, la sœur aînée rapportait un salaire, car elle bossait à l’usine, alors que la mienne, faisait des études. Oui, elle a eu bien de la chance, n’est-ce pas ? Ok, elle travaillait très bien, mais bossait beaucoup. Alors, comme elle avait un peu la grosse tête, elle parlait avec un certain mépris, des « filles d’usine » celles qui n’avaient que leur certificat d’études. D’ailleurs quand je repense à tout ça, c’est vrai qu’elle s’occupait de nous quand maman était au travail, faut dire qu’elle n’avait pas trop le choix...mais elle n’était pas très tendre, on l’appelait « la commandante »...Ça vous donne une idée...
Quand c’était l’hiver, et qu’elle veillait tard pour étudier, quand elle s’apercevait que le seau de charbon était vide, elle m’envoyait en chercher à la cave. J’avais une de ces trouilles, pas de lumière dans la cave, je descendais avec la lampe électrique, celle qui s’éteint toujours, vous vous souvenez ? Sans compter qu’il fallait que je remonte les trois étages avec le seau plein. Quand elles n’étaient pas couchées, j’emmenais avec moi une de mes petites sœurs. Quand à environ huit ans, c’est très lourd. Vous voyez pourquoi ce n’est pas bien la place du milieu dans une famille nombreuse ?

1 commentaire:

  1. ah le seau à charbon !!! Tu réveilles en moi de bons souvenirs d'enfance. Notre charbon n'était pas entreposé à la cave, mais dans une remise à côté de la maison. c'était la seule corvée dont j'étais épargnée, et pourtant j'étais fille unique...
    Bonne journée à toi :)

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