dimanche 26 juin 2016

17 décembre 1950...



Au second étage gauche, c’était une famille de cinq enfants, les parents ne travaillaient pas, ils vivaient des aides et des allocs, les enfants avaient des problèmes de langage, le père et la mère étant alcoolique, je ne vois pas comment il aurait pu en être autrement, seule la fille aînée s’en est bien sortie. Le père se mettait à la fenêtre de la cuisine, juste en dessous de la nôtre, et il disait d’une voix faite pour que tout le monde en profite...
-Boire et fumer c’est la santé... ! si si...je vous passerai sur l’odeur affreuse qui s’évacuer par la fenêtre et qui remontait directement chez nous, puisque nous étions juste au-dessus...c’était folklo, au Clos des Châtaigniers !
Juste en face d’eux, il y avait une grande famille aussi. Il n’y avait que le père qui travaillait,  la mère restait à la maison, pour la marmaille, bon, là aussi la propreté laissait à désirer, mais ce n’était pas trop catastrophique. Par contre, la mère, nous les gamines, on l’aimait bien. Elle passait ses journées à lire des « romans photos » et ensuite elle nous les prêtait...c’est un peu avec ça que je me suis « instructionnée »...hi hi !
A force d’espacer ses voyages du WE, un jour, mon père fini par ne plus venir...plus de nouvelle, rien ! Aucune trace chez aucun de ses patrons. Pour vous dire que, quand la poisse entre dans un endroit, elle met beaucoup de temps à en repartir !
Maman tomba, gravement malade, je devais avoir sept ou huit ans, je ne sais plus, quand elle fût emmenée à l’hôpital pour subir une grave intervention, nous nous retrouvâmes sans argent, au bon soin de ma grande sœur et d’une « aide familiale » sans doute que le docteur nous l’avait faite envoyer, je ne sais plus, j’ai juste l’image de maman couchée dans le lit, avec 40° de fièvre, et le bon docteur L...qui essayait de la convaincre de se faire hospitaliser...Et puis, heureusement il y avait tante Céline, heureusement !
C’est sans doute elle qui nous a dépanné financièrement, ça aussi, j’étais un peu jeune pour m’en souvenir, la seule chose que je me souviens, c’est le retour de maman, à la maison, qu’est- ce qu’on était contente ! Il faisait un grand beau soleil d’été, et les fenêtres de l’appartement étaient grandes ouvertes.
Sur la table de la cuisine, maman avait posé  trois billets de 10 fr qui devait nous faire patienter en attendant les allocs...un grand courant d’air et oups ! les billets envolés par la fenêtre...même le voisin de dessus est monté sur le trois...plus jamais revu...les sous...des fois tu te demandes pourquoi le mauvais sort s’acharne !
Aucune nouvelle de Mr mon père, maman qui était quand même restée hospitalisée un mois, n’avait pas de travail, et surtout pas la santé pour en chercher, dans l’immédiat. Aucune nouvelle du père, ça veut dire, plus de petit papier rose, donc plus d’allocations familiales,  donc plus aucun revenu !
Plus rien à manger, les épiciers n’étaient plus très chaud pour le crédit, à part la boulangère et la marchande de lait ! On peut vivre un bon moment comme ça, même si quelques fois le pain était dur, c’était mieux que rien. Elle était gentille la boulangère, le dimanche, elle nous donnait des gâteaux, vous vous rendez compte ? On était six quand même, c’était souvent des religieuses ou des éclairs, sans doute pour ça que c’est mon gâteau préféré !
Pendant ce temps, maman se débattait avec la caisse d’allocation, pour pouvoir les percevoir de nouveau, pour cela, elle avait dû faire une demande de divorce, avec l’aide judiciaire, elle a même fait rechercher mon père, dans l’intérêt des familles, (je ne sais si ça existe encore) Mais introuvable, le mec ! Nous on le détestait, de nous avoir abandonné, car c’était bien de cela dont il s’agissait.
Demande de divorce pour abandon de famille. Maman s’était donc retrouvé avec beaucoup de dettes, heureusement elle avait des bonnes copines qui ne l’avaient pas abandonnée, elle avait un cahier vert, où elle avait écrit tout ce qu’elle devait. La liste était longue, et plus le temps passait, plus elle s’allongeait...elle fût bien obligée de trouver un travail.
Un mois après sa lourde intervention, elle était femme de chambre dans un hôtel, c’est tout ce qu’elle avait trouvé. Maman avait quitté l’école à onze ans sa chère mère s’en était débarrassée en la plaçant comme boniche dans une ferme...quelle garce cette bonne femme ! Je ne l’ai jamais aimé. D’ailleurs pendant notre grosse crise financière on ne l’a jamais vu, maman a juste emprunté un peu d’argent à ses deux  frères...mais ils avaient tous les deux les poches très serrées.
Avec son travail, maman avait paré au plus pressé, nous nourrir. Des fois elle descendait à la cabine téléphonique qu’il y avait en bas de l’immeuble, elle nous disait, je vais aller te les remuer ces fainéants de la caisse d’alloc, et tout le quartier participait au savon qu’elle leur passait, maman avait la voix qui portait, surtout lorsqu’elle était en colère, et c’est qu’elle les traitait de fainéants et de bon à rien...oui oui, elle était comme ça maman, une battante...bien sûr, elle aurait pu nous abandonner aussi et nous mettre dans un orphelinat, il y en avait un dans ma ville...je les voyais quelques fois, ils avait des grandes capelines bleues marines et un béret...
Plus tard, quand j’entendais la chanson de Jean-Jacques Debout » en casquette à galons dorés » je pensais toujours à eux...Mais non, elle ne l’a pas fait, elle nous a élevé toute seule.

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